Première partie
LA JEUNESSE COMORIENNE EN ETAT D'IVRESSE.
Voici ce qu'avait déclaré une délégation comorienne auprès des Nations Unies à propos de la situation aux Comores en générale, et de l'alcoolisme et autres maux en particuliers :
La toxicomanie est un problème qui commence à prendre de l'ampleur aux Comores… Tel n'est pas encore le cas de l'alcoolisme, mais cela ne devrait pas tarder étant donné les énormes problèmes socioéconomiques que connaît aujourd'hui le pays.
Les choses ont changé et évolué négativement. Aujourd'hui, la jeunesse comorienne est confrontée aux graves problèmes liés à l'alcool : elle est en état d'ivresse. Les jeunes comoriens boivent trop et très tôt.
Ils sont de plus en plus nombreux à céder à l'appel des boissons alcoolisées que d'aucuns qualifient désormais de drogue légale qui serait la plus prisée de l'île. Serait-ce là une façon de se sentir plus adultes ou une façon dérisoire, pour certains d'entre eux, d'échapper à un quotidien incertain et sans avenir ?
Aujourd'hui, il est très difficile de définir exactement à quel moment débute le rituel, nous confie un médecin, sous couvert de l'anonymat, ayant lui-même vécu des problèmes liés à l'alcoolisme. De plus en plus de jeunes commencent dès la pré-adolescence, rajoute-t-il, l'air impuissant. A notre époque, seuls buvaient, les gens qui travaillaient et qui avaient les moyens de se payer des bouteilles d'alcool. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas, ces jeunes, la plupart, démunis de toutes ressources, arrivent à ingurgiter des quantités d'alcool qu'un simple fonctionnaire, même avec un salaire décent, ne sera en mesure de s'offrir, nous dit-il. Le phénomène qui s'est accentué ces dernières années ne semble pas inquiéter les autorités, nous confie, un gendarme à la retraite, jadis connu pour sa sévérité à l'encontre des ivrognes.
Les jeunes filles ne sont pas épargnées .
L'alcool est en vente libre chez des marchands spécialisés, donc facilement accessible à celui qui a les moyens de s'en offrir. Toute personne peut s'y rendre et s'y offrir autant d'alcool qu'elle souhaite. Il n'existe aucune restriction d'âge à la vente. On entre chez Grimaldi comme on va au marché acheter un morceau de manioc, raconte Bakari, un mineur de 15 ans, amateur de bière.
Bakari et bon nombre de ses copains, ont goutté à l'alcool, la première fois, à l'occasion d'un djocho, pique-nique à base de gibiers rôtis accompagnés de toutes sortes tubercules. « J'ai bu de l'alcool pour la première fois à 14 ans lors de ma première sortie en boite de nuit, raconte Soulé, aujourd'hui âgé de 27 ans. Mais jamais devant mes proches, nous rassure-t-il. J'ai commencé parce que j'ai vu mon ami en boire, confiait Z. Par curiosité d'abord, et par la suite, j'y ai pris goût. D'autres s'y mettent pour relever un défi ou encore parce qu'ils ont cédé à la pression de leurs pairs.
Si certains jeunes garçons prétendent boire pour pouvoir paraître virils, et surtout pour montrer aux amis et à la petite amie qu'on était devenu un homme, c'est le cas pour Oussouf, seize ans, qui avait entamé à lui seul, la moitié d'une bouteille de whisky, à son premier rituel, les filles, elles non plus, ne restent pas insensibles aux boissons alcoolisées. Certaines boivent en compagnie de leurs copains, déjà buveurs impénitents, d'autres en cachette, dans les voitures de leurs amants d'un soir ou en compagnie d'une bande de jeunes, mais jamais entre elles, nous dit Achata, 27 ans et très expérimentée.
Un gérant d'une boite de nuit, fréquentée par des jeunes et adultes, avance un chiffre hallucinant de 40% des jeunes filles qui consomment de l'alcool en boite. L'alcool est transvasé dans une canette de coca pour ne pas attirer l'attention, poursuit-il.
Toujours selon notre gérant, quelques consommatrices ont pris leur premier verre d'alcool en compagnie d'hommes beaucoup plus âgés qu'elles. Des hommes malintentionnés qui peuvent là, profiter de leurs proies, une fois, celles-ci ivres et inconscientes.
Bois si t'es un homme !
« Le vin, appelé sommairement divayi, est le plus prisé des jeunes, parce qu'il est moins cher, et avec l'âge et après avoir consommé l'alcool local, le trembwe et autres produits illicites mal distillés, ils se tournent vers la bière importée d'Afrique du sud, une boisson presque disponible et à bon marché », explique Moindjiyé, un inspecteur de police, à la retraite.
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, l'alcool n'a jamais été un sujet tabou au pays des mille mosquées. Ali, un jeune pieux mais qui aime la vie également, n'a jamais touché à une goutte d'alcool. Et Dieu sait qu'il ne rate aucun samedi soir à sortir en boite. « Je fais souvent l'objet de quolibets de la part des copains de virée, confie-t-il, mais je ne laisse jamais tenter par shetoine, conclue-t-il, fier d'avoir échappé à ce fléau.
Une des particularités de l'alcoolisme chronique est que le buveur n'a pas toujours conscience de son état .
Ceux qui n'ont pas vraiment les moyens de s'enivrer le feront occasionnellement, d'autres, comme Bido, vont opter pour une sorte de rituel. « Pendant la semaine, je ne consomme que du jus de noix de coco, nous rassure Bido. Et je bois uniquement, chaque samedi, de six heures de l'après-midi jusqu'à six heures du matin, renchérit-il. » Bido dont le nom signifie tonneau, n'est pas de ceux qui créent l'événement qui donnerait l'occasion de se bourrer la gueule. Un gendarme avait été stupéfait devant l'état mental déplorable d'un automobiliste ivre qui ne comprenait pas pourquoi celui-ci l'avait arrêté. « C'est la faute à l'Etat qui n'ordonne pas la fermeture de tous ces établissements qui vendent de l'alcool, s'indigne le vieux Toibibou, vendeur de boissons non alcoolisées au marché de Volo-Volo. »
Proposé par Ibrahim Ismail, Moroni-Ngazidja
| OPINIONS |
ENVIRONNEMENT
Le problème des ordures ménagères dans la capitale préoccupe tout le pays. Par Ali Oussouf Chioni
| DOSSIERS |
L'arrivée au pouvoir de Mohamed Taki: Mécanisme d'un paradoxe. Par Soulaïmane Soudjay
SANTÉ
Epidémie de choléra aux Comores: dynamique de la transmission, mise en place d'une stratégie de lutte communautaire, par Renaud Piarroux* et Alain Brunet**
*Responsable de Mission de Médecins du Monde aux Comores.
**Coordinateur de la Mission Choléra aux Comores, Médecins du Monde.
| TRIBUNE LIBRE |
DÉBAT
La sortie du livre Moroni Blues l'année dernière avait suscité une levée de bouclier et un tract que d'aucuns qualifient de nauséabond dans la Capitale. De telles manifestations vous paraissent-elles surannées ou sont-elles d'une paresse intellectuelle?
ENTRETIEN AVEC OUSSOUF ALI DJAE, Premier substitut du Procureur : " Dans l'immédiat le code pénal comorien doit absolument faire l'objet d'une reforme en profondeur et créer dans les meilleurs délais un code de procédure pénale. "
| LITTERATURE |
EXTRAITS AUDIO
Patrice Ahmed Abdallah
Théâtre,
154 pages,
ISBN : 2916735011
Date de sorti le 15 septembre 2006
PERSONALITES |
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Texte intégral de la convention|Tout sur l'enfance|Les associations |
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