La journée ensanglantée du 18 mars 1978
C'était comme hier, et l'odeur de la peur hante encore les esprits… On se croirait dans un film de guerre américain. C'était un bon matin, l'aube à peine apparue, la ville d'Ikoni se réveilla assiégée. Des soldats armés et encagoulés, certains surexcités envahirent la ville d'Ikoni et l'encerclèrent. Les premiers habitants qui voulaient se rendre dans leur lieu de travail ou dans les lieux saints pour la prière d'asbuhi, constatèrent très vite la gravité de la situation. C'était comme hier, les enfants, les femmes et les vieillards entendaient devant leur maison les bruits des bottes qui raisonnaient dans les ruelles d'Ikoni : un bruit de va et vient qui faisait peur au ventre et qui pressentait le pire. C'était comme hier, l'armée révolutionnaire de Ali Soilih, à la levée du jour sillonnait les ruelles d'Ikoni empêchant les habitants de reprendre une vie quotidienne et normale. C'était comme hier, les scolaires, les travailleurs ont été déroutés de leurs destinations habituelles, et, conduits de force par l'armée nationale jusqu'à la place de Bichioni, aujourd'hui, Place des Martyrs. C'était comme hier, sous un soleil grisâtre, la place de Bichioni contenait plus de 1500 hommes. |
C'était comme maintenant quand soudain un bruit inhabituel retentissait, vibrait, et qui rompit le silence indescriptible qu'observaient les 1500 ikoniens réunis pour mourir à la place de Bichioni; et ce jour-là, « la lumière s'éteint sur KODONI ». C'était comme maintenant, qu'un cri désespéré, grave mais courageux s'interposa aux bruits de rafale de balles : « nélalé = couchez-vous »,... Enfin, le 18 mars 1978, le sang a coulé à Ikoni. 29 ans après, les plaies sont ouvertes, 29 ans après on essaie de surmonter le traumatisme causé par la brutalité de l'action lâche de l'armée révolutionnaire. 29 ans après, l'évènement se raconte. Mais une ville comme Iconi, 29 ans après, l'histoire mérite d'être non seulement racontée mais aussi étudiée. Certes, on essaie de pardonner ; mais faut-il savoir pardonner, ou faudrait-il comprendre d'abord ? Rien ne peut justifier cette action barbare et perfide : celle de tuer son peuple... Mais, souvent, les actions lâches trouvent leurs raisons d'être dans des cercles dont la cœfficient de prudence et d'éducation civique est au dessous de la moyenne requise. Eduquons nos enfants ; leur apprendre l'histoire des sociétés, c'est leur apprendre à se révolter et à s'opposer dans les règles d'art. Qui nous parle de l'armée révolutionnaire, je lui dirais qu'elle a du sang dans les mains. Wachili bwachili… |






A la place de Bichioni, pour la 29ème fois, les iconiens se retrouvent, hier, 18 mars 2007, après la prière de l'Ansur pour lire le coran à l'endroit et en la mémoire de 11 iconiens tombés sous les balles de l'armée révolutionnaire de Ali Soilih. C'était un 18 mars 1978 : « journée rouge pour Ikoni ».