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L'OEIL DU DJABAL par Patrice Rajab

ARTISTES COMORIENS, AVEZ-VOUS UNE ÂME POLITIQUE ?

Et pourquoi l'Art et la politique comoriens , ne peuvent-ils pas former un couple passionnant et plus que passionné ? Aujourd'hui, l'art devient une vitrine de la société, d'un Etat, et d'un mode de vie. Paris est d'abord la Capitale de l'Art, comme New York, representé par le Fédéral art project Roosevelt, pour ne citer que ces deux-là.
Aujourd'hui, Lirexpress va essayer de se prononcer sur les fantasmes et la réalité du couple compliqué que forment l'art et la politique.
Lorsque, en 1948, dans Qu'est-ce que la littérature ?, Jean-Paul Sartre disserte sur l'art engagé, il conclut que l'artiste doit s'engager « parce qu'il est homme ». Cette condition fort générale renvoie non seulement à l'époque de l'immédiat après-guerre et à la philosophie existentialiste, mais aussi à une tension entre expression artistique et discours politique. À l'époque, Sartre, compagnon de route du Parti communiste français, n'en entretenait pas moins avec lui des relations orageuses, et il ne lui serait pas venu à l'idée de produire une œuvre qui aurait imposé comme conclusion expresse qu'il fallait s'inscrire au parti, ou voter pour tel ou tel candidat.
La formule sartrienne indique ainsi que l'art militant ne saurait être instrumentalisé à des fins spécifiques. Pour prendre un exemple local et actuel, on ne voit pas comment une quelconque production artistique pourrait s'impliquer dans le débat sur la répartition des compétences entre îles. En revanche, on peut imaginer qu'un ensemble d'artistes, tels les peintres, les dramaturges, les danseurs ou musiciens travaillant avec les instances concernées par un projet défini aura quelque chose à dire, politiquement et scéniquement, sur le sujet, sans se mêler des querelles politiques inter îles….

Les temps où l'œuvre d'art pouvait, dans son contenu même, se référer directement à une cause ou à un parti sont révolus. Aujourd'hui, par exemple, les pièces didactiques de Brecht sont lues (plutôt que jouées, d'ailleurs) comme des exercices de style et non comme des mots d'ordre politiques. À supposer qu'elles intéressent encore, elles valent par leur forme et non par leur message. Il est d'ailleurs significatif que Brecht, grand poète et grand metteur en scène, avoue dans son Journal de travail que faire du théâtre l'intéresse plus que se prononcer sur la marche du monde ou de son pays. Et il est tout aussi significatif que l'efficacité des œuvres d'art dans la modification de la conscience, puis de l'action des citoyens, ne puisse être mesurée. Cette efficacité est certainement proche de zéro – sauf à s'adresser à des convaincus, ce qui est une autre manière d'être inefficace. Il ne faut pas oublier que la consommation de l'art, si sincère qu'elle puisse être, remplit aussi une fonction cathartique qui atténue l'urgence d'une action.
Si l'on s'en tient au propos sartrien – et beaucoup d'artistes déclinant leur citoyenneté formulent une argumentation qui y ressemble –, on en conclura que l'art est engagé et politique, certes. Mais il sera difficile de trouver quelque chose qui ne le soit pas !

 

 

 

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