HISTOIRE DE L'IMMIGRATION COMORIENNE
Comment les comoriens se sont-ils retrouvés à La Réunion et en France ?
Avant 1848, les comoriens ont été amenés à La Réunion comme esclaves. Une fois l'esclavage aboli, un grand nombre de Comoriens ont été des travailleurs engagés à Mayotte et dans les Mascareignes. Ce n'était pas là une migration volontaire d'un individu libre mais au contraire une déportation d'une population asservie.
En effet, ces premiers migrants contraints ont été assimilés à la population créole. L'esclavage leur privait d'identité et pis encore leur interdisait le retour au pays d'origine.
Par contre l'immigration comorienne, avant tout, est déterminée par la deuxième guerre mondiale. La France recrute alors des jeunes combattants dans toutes ses colonies. Une fois le conflit terminé, les combattants, au demeurant peu nombreux, retournent au pays et deviennent commis dans l'administration coloniale. Cette fonction leur confère un statut de notable. Etant donnée l'importance d'une telle distinction aux Comores et son coût généralement très élevé, cette possibilité de promotion encourage d'autres jeunes à se rendre à Madagascar dans l'espoir d'intégrer l'armée française.
Il n'y a donc pas de relations entre les Comoriens d'avant 1848 et ceux de la deuxième guerre mondiale.
Par cette émigration, on découvre le travail salarié lié à l'économie capitaliste. L'émigration vers la France ne devient-elle pas une entreprise individuelle, un moyen de s'émanciper des contraintes du groupe ? N'est-elle pas aussi un moyen d'ascension sociale par l'accumulation d'un capital économique ?
De la fin des années 1940 au début des années 1950, l'émigré Comorien venait en France mandaté par son groupe pour ramener les moyens nécessaires au maintien de l'ordre coutumier. Tous ce qu'il fera une fois arrivé sera en partie déterminé par son groupe d'origine.
Ces hommes célibataires étaient le plus souvent employés sur des bateaux ou des chantiers navals. Et leurs congés annuels se passaient nécessairement aux Comores. Avec le déclin de la marine marchande, beaucoup de ces immigrés se voient obligés de s'installer dans les grandes villes portuaires. C'est à partir de là que commence le regroupement familial. La fièvre migratoire apparaît vers la fin des années 1950 et le début des années 1960 mais s'intensifie très fortement à la prise d'indépendance de Madagascar –où vivent de nombreux Comoriens. Madagascar obtient l'indépendance en 1960, on peut parler d'une deuxième indépendance assortie d'une volonté de malgachiser l'administration à partir de 1972. Cette date marque le départ de nombreux étrangers. Les Comores obtiennent, elles, leur indépendance en 1975. L'afflux de migrants est nourri par les événements de Majunga en 1976.
Un autre événement qui motivera de nombreux départs est la création du premier lycée des Comores en 1963. Or, une fois le Bac obtenu, l'émigration s'impose étant données l'absence d'universités et de perspectives d'emploi dans l'archipel. Le premier baccalauréat scientifique est organisé à la rentrée de 1969.
On voit progressivement se mettre en place les maillons d'une chaîne d'émigration pour aboutir à ce que chaque famille possède au moins un membre en France.
Proposé par Mlazema
Sources: K. Direche-Slimani et F. Le Houérou,Les Comoriens à Marseille. D'une mémoire à l'autre.

